jeudi 8 janvier 2009

Sur la rive.


Habillée, elle procédait aux dernières vérifications d'un regard impartial, faisait trois ou quatre pas vers la glace pour faire naturel, puis reculait pour se rendre compte, puis mettait le revers de la main contre la hanche pour avoir de l'assurance, puis expérimentait des attitudes et des sourires, puis faisait des essais simultanés d'expressions et de voix, la phrase utilisée étant le plus souvent «non je ne crois pas», parce que cela faisait sûre d'elle, un peu dédaigneuse. Ensuite, elle s'asseyait, tâchait de se tenir immobile pour ne pas altérer sa perfection. Angoissée, elle guettait les bruits de moteur, allumait une cigarette pour se donner une contenance, éteignait aussitôt pour ne pas souiller ses dents et son haleine, trouvait fatigant de rester assise, et d'ailleurs ça donnerait un mauvais pli à sa jupe, mieux valait sortir. Sur le seuil, dans la nuit chaude, elle attendait, avec la peur de transpirer, et ce serait affreux car son nez luirait.